L'affaire Bastareaud a éclaté en juin 2009, lors d'une tournée d'été du XV de France en Nouvelle-Zélande. Après la défaite contre les All Blacks à Wellington, le trois-quarts centre Mathieu Bastareaud s'est retrouvé au centre d'un scandale qui a ébranlé le monde du rugby français et suscité l'indignation en Nouvelle-Zélande.
Retour sur un mensonge de dimension internationale porteur de conséquences bien lourdes pour le trois-quarts centre du XV de France, 20 ans à peine, qui effectuait sa première saison en Bleu.
Le 20 juin 2009, le XV de France de Marc Lièvremont venait de revenir sur terre, une défaite sèche (22-6) en Australie en clôture de sa tournée d’été. Jusque-là, il flottait pourtant une certaine euphorie autour de cette équipe.
Elle avait auparavant remporté sa série de tests en Nouvelle-Zélande, victoire 27-22 à Dunedin et défaite honorable 14-10 à Wellington avec, en lot de consolation, un essai magnifique de Cédric Heymans. Au total des deux matchs, les Tricolores étaient devant, pour un point. Le trophée Dave Gallagher était dans la poche, ce n’est pas rien.

Les faits initiaux
Après la défaite contre les All Blacks le 21 juin dernier à Wellington, le trois-quart centre Matthieu Bastareaud, va noyer son chagrin dans une boite de nuit de la capitale Néo-Zélandaise. A l'aube, cette nuit là, il se présente devant le médecin de l'équipe le visage tuméfié et la pommette droite ouverte.
Il explique alors s'être fait agresser par quatre individus alors qu'il sortait d'un taxi devant son hôtel, mais ne souhaite pas porter plainte et veut "tourner la page".
Explication dont ne se satisfont pas les autorités Néo-Zélandaises qui se mettent aussitôt à la recherche de ces agresseurs : à deux ans de l'organisation du mondial de rugby, le pays se veut irréprochable.
En cinq jours, entre dimanche et jeudi, c’est la folie. Ça monte très haut. Et le jeudi, la télévision annonce qu’il n’y a pas eu d’agression ! C’est une bombe. Comme si un cyclone s’était abattu sur le XV de France alors que la tournée avait si bien commencé.
L'affaire remonte jusqu'aux plus hautes instances et le Premier ministre présente des excuses officielles.
Les journalistes apprenaient que Mathieu Bastareaud aurait été agressé par des inconnus dans la rue, à Wellington. C’est peu dire que l’affaire fit l’effet d’une bombe. Par nature, ses mensurations et sa précocité, Matthieu Bastareaud était déjà un phénomène.
Il avait été sélectionné à 18 ans, en 2007, alors qu’il jouait en Fédérale 1 (mais forfait sur blessure), avant de revenir lors du Tournoi de 2009.
Le revirement et les aveux
Les enregistrements vidéo de l'hôtel Holiday Inn de Wellington, remis à la police néo-zélandaise, ont parlé.
Ils y voient notre jeune joueur en compagnie de deux coéquipiers, escortés de deux jeunes filles, rentrer dans l'hôtel passablement éméchés à 5h du matin. Et pas d'agresseur en vue. Le joueur a menti.
Mathieu Bastareaud n'a pas été agressé dans la rue, dans la nuit de samedi à dimanche derniers, après la défaite des Bleus contre les All Blacks (14-10).
Contrairement à sa version initiale, le trois-quarts centre des Bleus est rentré à l'hôtel vers 5 h 15 du matin, non blessé mais fortement alcoolisé, en compagnie de deux équipiers et de deux jeunes femmes, activement recherchées par les enquêteurs.
Pris sur le vif, il avoue finalement sa mystification sur le site web du Stade Français.
Il explique qu'il était saoul et qu'en guise d'agresseur, c'est la table de chevet de sa chambre qui est venue percuter son visage.
La peur des sanctions et de choquer sa famille très croyante lui ont fait inventer ce mensonge qui "devait passer".
Le centre international tente de fournir une explication sur son attitude : "Je ne voulais pas choquer ma famille. J'ai paniqué et je me suis enfoncé. Je tiens à m'excuser auprès de la Fédération Néo-Zélandaise, de la ville de Wellington, des joueurs de l'équipe de France, du staff, de mon club, de mes amis et auprès de tous ceux touchés par cette histoire".
Dans une communiqué publié hier sur le site du Stade Français, le joueur reconnaît avoir menti : « Je suis rentré à l'hôtel après avoir trop bu. Je suis tombé dans ma chambre, j'ai heurté la table de nuit et je me suis ouvert la pommette. J'ai eu honte, j'ai paniqué et j'ai cru que j'allais être renvoyé de l'équipe de France. J'ai raconté cette histoire pensant que cela allait passer. (â?¦) J'ai paniqué et je me suis enfoncé. Je tiens à m'excuserâ?¦ »
Cette version prit la forme d’un communiqué sur le site de son club, le Stade français. « Je suis rentré à l’hôtel après avoir trop bu. Je suis tombé dans ma chambre, j’ai heurté la table de nuit et je me suis ouvert la pommette. J’ai eu honte, j’ai paniqué et j’ai cru que j’allais être renvoyé de l’équipe de France. J’ai raconté cette histoire pensant que cela allait passer. Vu l’ampleur que cela prend, je préfère raconter la vérité. J’ai paniqué et je me suis enfoncé.
Quelques heures après que la police néo-zélandaise a mis en doute sa version, le joueur français a admis jeudi sur le site internet du Stade français avoir menti. Le centre du XV de France, éméché, a en fait heurté sa table de nuit. "J'ai paniqué et j'ai cru que j'allais être renvoyé de l'Equipe de France", explique-t-il.
Et on reste bouche bée, pour ne pas dire plus, face aux explications fournies par le trois-quarts centre international: "Je tenais à revenir sur les incidents qui se sont produits en Nouvelle-Zélande. Je dois la vérité à tout le monde. Samedi soir, je suis rentré à l'hôtel après avoir trop bu. Je suis tombé dans ma chambre, j'ai heurté la table de nuit et je me suis ouvert la pommette. J'ai eu honte, j'ai paniqué et j'ai cru que j'allais être renvoyé de l'Equipe de France.
RUGBY•Ouedraogo et Picamoles sont rentrés avec lui...Selon des sources internes au XV de France, ce sont les 3e lignes Fulgence Ouedraogo et Louis Picamoles qui ont regagné l'hôtel de Wellington en compagnie du 3/4 du Stade français.
Dans la nuit qui a suivie la défaite contre les Blacks (10-14), ces 2 joueurs sont rentrés en taxi à l'hôtel de Wellington accompagnés de deux femmes. Bastareaud est lui arrivé au même moment dans un autre taxi.
🇫🇷 *2 LE !JOUSUD LE PLUS CONTROVERSÉ - MATHIEU BASTAREAUD
Réactions et conséquences
L'affaire avait en effet fait grand bruit en Nouvelle-Zélande, à deux ans de la Coupe du Monde et le joueur a été dépassé par les événements.
Dans un premier temps, il avait curieusement refusé de porter plainte, malgré la volonté de la Fédération française de rugby (FFR).
Par la suite, sa version des faits a été contredite par la police de Wellington qui a affirmé avoir récupéré des images de vidéo-surveillance montrant un Bastareaud non blessé regagnant en effet son hôtel, mais accompagné de deux autres joueurs, ainsi que de deux femmes, identifiées par la police.
Scandale diplomatique. La nouvelle Zélande est furieuse de voir sa réputation d'hospitalité entachée, la France de voir son image à l'étranger salie.
Président de la Fédération française de rugby (FFR), Pierre Camou a adressé ses excuses à la Nouvelle-Zélande.
Pierre Camou (Président de la FFR): "Quand on est international, on a des responsabilités" L'affaire avait en effet fait grand bruit en Nouvelle-Zélande, à deux ans de la Coupe du Monde et le joueur a été dépassé par les événements.
Pierre Camou, le président de la Fédération française, est encore plus sévère. Il s'est dit choqué qu'un joueur du XV de France ait menti et a, d'ores et déjà, saisi la commission de discipline. « Etre international, c'est être responsable, exemplaire dans la représentation de son pays et de sa fédération », rappelle-t-il.
Logique avec ces déclarations, Pierre Camou a saisi la commission de discipline de la FFR.
Selon nos informations, Bastareaud ne s'est pas ouvert la pommette sur sa table de nuit. Le jeune homme de 20 ans aurait reçu un coup de poing d'un des deux joueurs rentrés avec lui.
Jo Maso, le manager du XV de France, a de son côté évoqué une bagarre entre joueurs français. «J'ai entendu dire qu'il y avait des joueurs qui se seraient battus entre eux. Moi, je n'ai eu aucun indice dans le groupe le lendemain allant dans ce sens».
Le mystère persiste cependant sur ce qui s'est réellement passé au cours de cette soirée, l'histoire de la "table de nuit" paraissant suspecte.
Au risque de rejoindre la meute des chacals qui, c’est bien connu, n’est motivée que par l’odeur du scoop et du sang, nous aimerions savoir maintenant ce qu’il s’est vraiment passé dans la nuit du 20 au 21 juin dernier dans la chambre qu’occupait Mathieu Bastareaud à Wellington.
Certes la présumée tentative de suicide du joueur (démentie par son père), son hospitalisation « pour de graves troubles psychologiques » (annoncée par son président de club, Max Guazzini) ont donné à cette « affaire » un tour dramatique que personne ne nie.
Mathieu Bastareaud est un jeune international qui traverse des heures difficiles et ne mérite sûrement pas d’avoir joué cette nuit là sa carrière professionnelle à pile ou face.
Restent les rumeurs et tant de questions sans réponses : y avait-il oui ou non un autre joueur de l’équipe de France dans la chambre de Bastareaud au moment de l’incident ?
Tableau récapitulatif des acteurs et leurs réactions
| Acteur | Réaction |
|---|---|
| Mathieu Bastareaud | Avoue avoir menti, évoque un choc avec une table de nuit. |
| Pierre Camou (FFR) | Choqué, saisit la commission de discipline, présente des excuses à la Nouvelle-Zélande. |
| Jo Maso | Évoque une possible bagarre entre joueurs. |
| Presse Néo-Zélandaise | Scandalisée, évoque un "Rainbow Warrior du rugby". |
Avec une victoire (27-22) et une défaite (14-10) contre les All Blacks, les 13 et 20 juin, le bilan de ces matchs tests reste cependant positif pour l'entraîneur national.
Sans son surpuissant et prometteur trois-quarts centre, l'équipe nationale a subi un second revers lors de sa tournée estivale aux antipodes, surclassée par les Australiens (22-6) le 27 juin.
Pour sa part, Marc Lièvremont considère cette affaire comme un "épiphénomène" malgré le tapage médiatique auquel elle a donné lieu. "Pour moi, ça reste un gamin qui a pété un plomb. Il mérite certainement d'être puni, mais j'ai plutôt envie de l'encourager et, de manière générale, j'ai envie de garder le positif", conclut l'entraîneur.
L’expression « Sexe, mensonges et vidéos » fut très critiquée, bien sûr.
Évidemment, le titre fut mal ressenti par le joueur, qui devait nous en tenir rigueur par la suite, même si, il nous accorda finalement plusieurs entretiens au fil du temps.
Matthieu Bastareaud, de son côté, n’a plus vraiment changé de version. Il l’a rappelée dans un dernier reportage diffusé sur Canal +, le week-end dernier. Il a évoqué sa réaction de gamin rentré trop tard après une sortie arrosée et craignant de se faire gronder par le staff, mettant au point un mensonge qui devait le dépasser.
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