L’affaire Périscope reste à ce jour l’un des plus grands scandales de l’ère QSI au Paris Saint-Germain. En février 2016, Serge Aurier défrayait la chronique après avoir insulté plusieurs coéquipiers et son entraîneur Laurent Blanc lors d’un live improvisé sur les réseaux sociaux.

Serge Aurier lors d'un match avec le PSG
Les Déclarations Incriminantes
Dans une vidéo diffusée sur Periscope, le défenseur du PSG critique ses coéquipiers Salvatore Sirigu et Zlatan Ibrahimovic, mais surtout insulte son entraîneur Laurent Blanc qu’il qualifie de "fiotte". Aurier s’en prend au gardien italien Salvatore Sirigu puis à la star Zlatan Ibrahimovic qu’il qualifie de "gentille bête", avant de carrément traiter Laurent Blanc de "fiotte", insulte homophobe sans ambiguïté.
Son ami lit l'une de ces questions: "Laurent Blanc il fait souvent la folle ou pas?"."C'est une fiotte !", répond Aurier, qui n'est pas dans le cadre de la vidéo à ce moment-là. Autre question relayée, "Blanc, il suce Zlatan ou pas ?" Réponse d'Aurier: "Il lui prend les couilles mon frère, il prend tout cousin !"
La vidéo, diffusée sur Youtube, rapporte fidèlement les propos du joueur. Il ne s'agit en aucun cas d'un coup monté comme le prétendait Serge Aurier, selon Pierre Menès, le consultant de Canal Plus.
Réactions et Conséquences Immédiates
Nasser Al-Khelaïfi, Laurent Blanc, Zlatan Ibrahimovic et tous les membres du PSG sont tombés des nues en découvrant dimanche la vidéo de Serge Aurier. Son téléphone n’arrête pas de sonner dans la nuit de samedi à dimanche. Mais ce n’est que vers 7h du matin que Nasser Al-Khelaïfi est informé de l’affaire Serge Aurier. A l’heure où le président du PSG prend conscience de l’ampleur du scandale, plusieurs joueurs sont déjà au courant du dérapage de leur coéquipier.
Vers 8h, Nasser Al-Khelaïfi contacte son entourage. Le président est en colère, furieux. Il ne comprend pas le "craquage" de son joueur. Une cellule de crise se met alors en place au club. Le dirigeant qatari commence à donner ses directives à son entourage, la cellule de communication du PSG et son directeur sportif, Olivier Létang. Ce dernier prend son téléphone pour appeler Aurier.
La demande ressemble plus à un ordre : « Serge, pas la peine de venir au Camp des Loges (le centre d’entraînement). » Aurier comprend alors la portée de ses propos. Son entourage essaie de le joindre. La stratégie de communication du joueur se met en place. L’international ivoirien sait qu’il devra s’excuser et assumer.
Les dirigeants du PSG vont devoir régler le problème et trancher pour ne pas que l’affaire monte en épingle. Chelsea, vainqueur de Newcastle samedi (5-1), débarque au Parc des Princes mardi soir et la priorité du club reste le domaine sportif (0-0 contre Lille hier). Mais il est évident que cela tombe très mal. Le défenseur pourrait écoper au minimum d’une lourde amende et d’une suspension de la part du club, au pire d'un licenciement. Aurier n'était pas présent à l'entraînement de ce dimanche, fermé au public et à la presse.
Réactions des Joueurs et du Staff
Les joueurs arrivent au centre Ooredoo en milieu de matinée. Plusieurs ont déjà vu le Periscope d’Aurier. Tous les Parisiens sont réunis. Zlatan Ibrahimovic découvre la vidéo. Il la regarde et tombe des nues, mais ne le montre pas. La star suédoise confie à Maxwell, son ami : « Serge n’a pas pu dire ça en public, qu’est-ce qu’il lui a pris ?». Lorsqu’il découvre les propos tenus à son encontre, Zlatan ne réagit pas. Son visage est fermé, son regard est noir. Thiago Motta, autre cadre du vestiaire, est aussi en colère. Salvatore Sirigu, qu’Aurier qualifie de « guez » (mauvais), a la mine des mauvais jours. L’Italien confie à un de ses proches qu’il demandera des explications franches à Aurier. Di Maria, qualifié de « guignol », ne réagit pas.
Joint par RMC Sport, un joueur confie : « On était choqué. L’ambiance dans le vestiaire était terrible. Ça ne parlait pas comme d’habitude. On se regardait pour se demander comment un de nos coéquipiers, qu’on croise tous les jours, pouvait tenir des propos comme ça. Et surtout, comment il pouvait avoir craqué comme ça. C’est un sentiment d’incompréhension, de gêne terrible pour un mec qui était en plus apprécié dans le vestiaire. »
Laurent Blanc discute avec son staff. L’entraineur parisien est déçu, agacé et en colère. Il est sous le choc et confie à certains de ses adjoints : « Il me fait ça alors que je l’ai recruté. Tu imagines ! C’est un gamin que j’ai ramené et il parle comme ça. »
La Réunion de Crise et la Stratégie du Club
Après la séance, Olivier Létang prend la parole. Il déclare en substance : « Serge a dépassé les bornes. C’est inadmissible et inexcusable. Personne n’a le droit de mettre en danger la vie du groupe. Personne ne doit remettre en cause l’institution, le club, le staff technique, l’entraîneur et ses coéquipiers. Sachez que des mesures seront prises contre Serge mais je vous demande une seule chose : vous concentrer sur le match de Chelsea qui est notre objectif commun. Cet événement ne doit pas vous détourner d’un choc que vous attendez tous. » Le ton de Létang est ferme. Les joueurs comprennent que la situation est grave.

Nasser Al-Khelaïfi avec Laurent Blanc
Des discussions démarrent entre groupes de joueurs. Certains cadres veulent une sanction exemplaire pour celui qui est désormais considéré comme un traître, pendant que d’autres essaient de lui chercher des excuses. Thiago Silva est stupéfait et partagé. Le Brésilien est proche de Serge Aurier, il l’apprécie beaucoup. Mais en tant que capitaine, il ne peut pas accepter les propos de son partenaire.
De son côté, Nasser Al-Khelaïfi demande à recevoir officiellement Serge Aurier dans l’après-midi. Durant cette rencontre, qui va durer plusieurs heures, le dirigeant qatari se montre furieux. Il répète plusieurs fois à Aurier « qu’il ne peut pas trahir comme ça le club et que ce n’est plus une faute de jeunesse quand c’est la deuxième fois (Aurier avait été suspendu trois matches la saison passée pour avoir insulté un arbitre sur Snapchat) ».
Le PSG organise alors la stratégie de communication d’Aurier, qui est officiellement mis à pied à titre conservatoire. Des excuses sont enregistrées sur le site du club et sur PSG TV. Dans la soirée, Aurier s’excusera devant les médias. Un mea culpa qui, pour plusieurs joueurs, ne suffit pas. L’un d’eux confie à RMC Sport : « Ça ne passe toujours pas, il ne s’est pas comporté en professionnel. Il devra assumer face à nous. Il va devoir être honnête et sincère et je ne suis même pas sûr que ça passe. »
Laurent Blanc reste pour l’instant en colère contre Aurier : « Comment je l'ai pris? Très mal, lâche-t-il ce lundi en conférence de presse. Ce garçon, il y a deux ans, je me suis vraiment engagé auprès de ma direction pour le faire venir à Paris, et le remerciement que j'ai, c'est ça. Je trouve ça pitoyable. Je pense qu'il s'est pénalisé lui-même. C'est pénalisant pour lui, et ce que je n'admets pas, c'est que c'est pénalisant pour le club. J'ai côtoyé cette nouvelle génération, il y a beaucoup de personnes dans cette génération qui passent leur temps à s'excuser... »
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La Suite et le Départ d'Aurier
La situation a mis du temps à se décanter, mais Serge Aurier (24 ans) a quitté le Paris SG cet été pour rejoindre Tottenham. Et s'il a posté ce mardi une vidéo dans laquelle il rend hommage à ses anciens partenaires, à ses anciens supporters et à son ancien club, le latéral droit garde une certaine amertume au sujet de son aventure parisienne.
«Je suis moralement libéré. Je quitte le PSG qui m’avait proposé un nouveau contrat de trois ans pour une autre aventure. J’ai refusé pour diverses raisons. J’ai envie de découvrir une autre vie parce qu’à Paris, je n’ai pas été respecté à ma juste valeur. On s’est attardé sur beaucoup de détails, on a pensé plus à autre chose qu’au footballeur», a-t-il regretté, déçu que l'on ne mette pas assez ses qualités de joueur en avant, avant de poursuivre. «J’ai eu une affaire avec la police qui a été amplifiée par la presse européenne. Normalement, quand une affaire dure un an ou plus, on tourne la page. Mais dans mon cas, il y a eu trop de tapage», a-t-il expliqué avant d'insister.
«Tottenham est un club ambitieux qui pratique un beau jeu et qui termine souvent parmi les meilleurs du championnat anglais. J’ai toujours rêvé de jouer en Angleterre et j’ai su saisir la chance qui s’est offerte à moi. J’ai 24 ans et j’ai plusieurs années de football encore sur les terrains. Je me dois maintenant de me battre, de progresser et de vivre de grands moments avec mon nouveau club. Le salaire compte peu. Aujourd’hui, je veux être dans un club où je dois prendre du plaisir, m’éclater. Si j’avais privilégié l’aspect financier, j’avoue que je serais resté à Paris où le contrat qu’on m’a proposé était très intéressant. Plus intéressant que le premier. J’ai signé un contrat de cinq ans à Tottenham pour vivre d’autres sensations et demeurer un des meilleurs latéraux droits du monde. Avec la bénédiction de Dieu, j’y parviendrai», a-t-il conclu.