La Ligue de football professionnel (LFP) française a franchi une étape importante vers la création de sa société commerciale en entamant des négociations exclusives avec le fonds CVC. Cet accord ouvre la voie à l'acquisition par cet investisseur de 13% du capital contre 1,5 milliard d'euros.
Au moment de son officialisation, en avril 2022, l’accord conclu entre CVC et la LFP était alors annoncé comme le deal du siècle, celui permettant d’initier un cercle vertueux de croissance au sein du football professionnel français.
Plusieurs réunions sont prévues la semaine prochaine notamment deux collèges de L1 et L2 avant l’AG du 1er avril. Reste maintenant à peaufiner les détails du deal et surtout à tomber d’accord sur la répartition entre les clubs.
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Les Termes de l'Accord
Contre l’injection de 1,5 milliard d’euros, le fonds d’investissement s’offrait 13% des parts de la nouvelle société commerciale ad-hoc montée par la LFP rassemblant tous les actifs commerciaux centralisés du football professionnel français - dont les précieux droits TV. Condition (particulière) de ce deal : le reversement au fonds d’investissement de… 13% des revenus perçus par la LFP à vie !
Ce rapprochement avec CVC qui propose 1,5 milliard d’euros pour 13% du capital permet de valoriser la société commerciale à 11,5 milliards d’euros. Les objectifs ambitieux de la LFP visent à multiplier par 2,3 les revenus dans les 8 prochaines années pour atteindre 1,8 milliard d’euros à l’horizon 2030.
Selon des informations du Monde, le HAC s’estime non seulement lésé par la modalité de répartition des revenus distribués par CVC aux clubs à la suite de l’accord avec la société luxembourgeoise, mais « remet aussi en cause le fond de l’accord avec CVC pour plusieurs motifs », via une autre procédure judiciaire qui sera étudiée en février.
Critiques et Inquiétudes
Annoncé comme un accord salutaire pour le football professionnel français, les conditions du deal conclues entre CVC et la société commerciale ad-hoc montée par la Ligue de Football Professionnel suscitent de nombreuses interrogations et quelques incompréhensions, y compris parmi la classe politique française. Pourtant, ce montage est toujours ardemment défendu par la plupart des dirigeants de Ligue 1 et de Ligue 2.
« Le principal problème de cet accord est son caractère perpétuel. La LFP a vendu 13% de ses revenus advitam aeternam » résume David Gluzman, spécialiste des questions financières et chroniqueur pour de nombreux médias dont After Foot La Revue ou encore 11e Art.
« Ce deal est tout simplement hallucinant ! CVC va ponctionner à vie 13% des revenus de la LFP contre un chèque de 1,5 Md€. Cet accord me fait penser aux concessions autoroutières.
Interrogé sur l’accord entre la Ligue de football professionnel (LFP) et le fonds d’investissement CVC en 2022, le président du Havre a dénoncé une négociation d’une « grande opacité », parlant même de « casse du siècle » pour le football français, CVC bénéficiant à vie, de 13% des revenus de la Ligue.
« Pour le football français, c’est le casse du siècle. L’écrasante majorité des clubs n’a pas compris comment cela s’est déroulé. Tout a été fait dans la plus grande opacité », tacle-t-il, dénonçant le contexte dans lequel le business plan a été conclu : « CVC a profité d’une extraordinaire dégradation du football français à la suite de l’éviction de Mediapro », dans un contexte également de crise Covid qui a plongé les clubs dans une grande difficulté financière.
« Non, la seule solution pour sauver le foot français n’était pas la cession à vie de 13% de ses revenus à un fonds d’investissement. Non, les clubs ne disposaient pas de l’information utile pour se prononcer sur l’accord CVC. Non, l’accord conclu ne permet pas à un développement équitable du foot français, mais ne fait que creuser les inégalités ».
Le club de Montpellier, présidé par Laurent Nicollin, a touché moins d’argent que les intermédiaires du deal entre CVC et la LFP. Le reste (8,5 millions d’euros), serait allé dans les poches des dirigeants de la Ligue ayant participé à la négociation du contrat.
La justice française s’intéresse à une enveloppe de 37,5 millions d’euros qui auraient servi à rémunérer les intermédiaires et offrir de juteux bonus aux dirigeants de la Ligue de football professionnel lors du deal conclu avec le fonds d’investissement CVC.
Comme il fallait s'y attendre, l'accord avec CVC, le fonds d'investissement qui a permis la création de la société commerciale de la Ligue de football professionnel (LFP) en apportant 1,5 milliard d'euros au foot français contre 13,04 % de ses revenus à vie, a été revalidé à une large majorité par l'assemblée générale de la LFP qui s'est tenue ce jeudi matin en visioconférence.
« Ça a été la Saint-Roussier », raconte un participant en évoquant le nom du président du HAC, Jean-Michel Roussier. Ce dernier, malgré tout l'argumentaire déployé, n'a pas été soutenu à l'exception de Pierre Ferracci, le président du Paris FC. Roussier a été critiqué et a reçu une « leçon » de finance par Loïc Féry, le président du FC Lorient.
Au tout début de l'assemblée, Vincent Labrune a donné la parole aux banquiers d'affaires de Centerview et à la banque Lazard qui ont permis la réalisation de l'accord, afin qu'ils en racontent la genèse et comment il avait été ficelé.
Répartition des fonds
Le reste, soit 1,132 milliard d'euros exactement, ira directement dans la trésorerie des clubs. Le Paris SG touchera la plus grosse part (200 millions d'euros), devant Marseille et Lyon qui recevront 90 millions chacun. Nice, Rennes, Lille et Monaco obtiendront 80 millions dans l'opération et les autres clubs de L1, environ 33 millions chacun.
Une autre partie sera destinée au football amateur, au remboursement du PGE (prêt garanti par l'Etat) contracté par la LFP en 2020, à la constitution d'un fonds de réserve et à l'amorçage de la filiale commerciale afin de lui donner les moyens de ses ambitions.
Selon les informations recueillies par Eurosport.fr, CVC a d'autre part consenti des efforts auxquels l'investisseur s'était refusé dans le cadre de son accord avec La Liga. Pour commencer, le paiement des dividendes éventuels lui étant dus au titre de ses 13,04% de part du capital de la LFP sera différé de deux ans : CVC ne percevra de dividendes qu'à partir de 2024, et encore, à condition que la LFP dégage des bénéfices - un scénario qui ne fut pas des plus fréquents dans le passé récent.
L'Expertise de CVC
CVC Capital Partners est l'un des fonds d'investissement les plus actifs dans le monde du sport. L'objectif, estiment les experts, est de dégager pour le football français environ 1,8 milliard d'euros de recettes dans 10 ans, grâce notamment à la hausse des droits Tv internationaux.
Si la Ligue, c'est-à-dire les clubs, conserve le contrôle de la nouvelle société commerciale, la présence de CVC comme actionnaire poussera à développer la structure comme une véritable entreprise, sur le modèle de la Premier League anglaise. Les détails de la gouvernance ne sont pas connus, mais le fonds apportera son expertise en matière de droits sportifs.
«Ce projet constitue une étape majeure pour le développement du football français» a affirmé Vincent Labrune, le président de la LFP qui évoque «l'expertise unique (de CVC) dans les médias et le sport» et «son réseau mondial».
La Ligue, via cette société commerciale, va investir pour recruter des top talents, des directeurs commerciaux dont l’expertise va permettre d’augmenter significativement les droits TV.
C'est pourtant l'autre pilier de la stratégie brandie par les gros pontes de la LFP : faire exploser la notoriété de la Ligue 1 pour mieux valoriser sa valeur marchande, à coups de digitalisation express et d'internationalisation massive des droits. Pour cela, la Ligue entend s'appuyer sur « l'expertise » et les réseaux de CVC.
CVC a profité d’une extraordinaire dégradation du football français à la suite de l’éviction de Mediapro, dans un contexte également de crise Covid qui a plongé les clubs dans une grande difficulté financière.
Les clubs vont pouvoir désormais se partager la manne apportée par CVC. Un accord a été trouvé.
« Quand CVC vient mettre 1,5 milliard d’euros sur la table pour les clients français, c’est une nouvelle inespérée ! » C’est en ces termes que Joseph Oughourlian, actionnaire majoritaire du RC Lens et financier aguerri, qualifiait au mois de juin dernier le contrat conclu entre la LFP et CVC lors de son audition au sein de la commission d’enquête du Sénat sur l’intervention des fonds d’investissement dans le football professionnel français.
Répartition des fonds CVC aux clubs
| Club | Montant reçu (millions d'euros) |
|---|---|
| Paris Saint-Germain (PSG) | 200 |
| Olympique de Marseille (OM) | 90 |
| Olympique Lyonnais (OL) | 90 |
| Nice, Rennes, Lille, Monaco | 80 (chacun) |
| Autres clubs de Ligue 1 | Environ 33 (chacun) |
Source: AFP
