C’est l’une des questions les plus posées sur les forums de discussions, lorsque l’on tape rugby et football américain sur internet : Quel sport est vraiment le plus dur ? La question est volontairement provocatrice, voire simpliste, et la notion de dureté est très relative.
Des experts, qui connaissent bien les deux sports, ont accepté d’animer le débat. L'objectif est d'analyser en profondeur les risques et les mesures de sécurité dans ces deux disciplines exigeantes.

Préparation Physique : Football Américain vs. Rugby
La préparation physique est considérée comme une religion aux États-Unis. Philippe Gardent, l’un des pionniers français du foot US et préparateur physique du Stade Rochelais, souligne qu'il y a une histoire de culture.
Le calendrier du football américain, avec quatre à six mois de saison régulière, un mois de pause, quatre mois de préparation et un mois de présaison, laisse une grande place au développement des capacités physiques. Par essence, le football américain est en avance de ce côté-là. D’ailleurs, beaucoup d’entraîneurs de rugby s’intéressent au fonctionnement des centres d’entraînement.
L’Héraultais Rémi Kasprzak a le même avis : En France, malgré ce qu’on pense, il y a un niveau de préparation physique des joueurs énorme, même si c’est du sport amateur. Ce sont des entraînements de pros, avec une hygiène de vie très stricte. Quand j’en parle à des entraîneurs de rugby, ils sont tous sur le cul !
Endurance : Une Comparaison Complexe
Au rugby à XIII, Rémi Kasprzak a dû axer sa préparation physique sur le cardio, alors qu’il cherchait auparavant à développer d’autres capacités au football américain. Le but : répondre aux exigences du poste de pilier (équivalent du 3e ligne à XV). On enchaîne énormément les phases de jeu. On plaque, on se replace, on revient dans les rucks, etc.
Certaines lignes au foot US nécessitent un peu de préparation cardio mais moins qu’au rugby. Au rugby à XIII, c’est exacerbé puisque les lignes défensives doivent toujours revenir à 10 mètres du ballon.
Celui qui deviendra préparateur physique de l’AS Clermont-Auvergne, avant de mettre le cap sur La Rochelle, nuance : «En rugby, les piliers font-ils les mêmes efforts que les ailiers ? Non. Un ailier parcourt beaucoup de terrain, surtout dans le rugby moderne, mais il va souvent sprinter puis se replacer en trottinant pour attendre le ballon. C’est assez similaire à ce que va faire un receveur en football américain.
Explosivité : Un Atout Majeur au Football Américain
Pour Philippe Gardent, l’une des grosses différences entre rugby et football américain se situe au niveau des temps de récupération et de la façon avec laquelle on récupère. Au foot américain, le ratio effort-repos est de 1,5 à 3. Ce qui veut dire que si on fait dix secondes d’effort, on aura entre 15 et 30 secondes de repos derrière. Un laps de temps qui explose lorsque les escouades défensives ou offensives sont remplacées.
S’il faut autant de temps au footballeur américain pour récupérer, c’est que la phase de jeu est d’une intensité folle. C’est un sprint d’une dizaine de secondes, schématise Rémi Kasprzak, passé par l’équipe de France de foot US. On n’est pas dans le cardio mais dans du fractionné pur et dur.

Il y a de plus en plus de similitudes dans la mesure où le rugby s’inspire beaucoup du foot US pour l’explosivité, la mobilité. On le voit avec l’équipe de France actuelle de Galthié, on est dans la recherche de courses à haute intensité tout le temps pour faire craquer la défense adverse. On est moins dans l’affrontement et plus dans l’évitement.
Violence des Chocs : Une Différence Notable
Pour Sydney Edouard, qui fit les beaux jours des Black Panthers de Thonon-les-Bains, l’une des meilleures équipes françaises de foot US, une demi-saison fut nécessaire pour appréhender les chocs à l’américaine. Les chocs ne sont pas du tout les mêmes, à commencer par les points d’impact.
Quand les plaquages se concentrent sur la taille au rugby, les stops restent autorisés sur tout le haut du corps en football américain. Quand on est au bord du terrain, on entend le bruit des protections et des casques, ça tape fort ! poursuit Sydney Edouard. Au rugby, on apprend à protéger la tête et tout le haut du corps. Là, pas du tout. Tu ne peux pas non plus mettre une cartouche à chaque plaquage au rugby. Au foot US, à chaque impact, les mecs veulent te détruire.
Philippe Gardent, lui, préfère encore pondérer : Si on parle d’intensité du choc, évidemment, le foot américain est plus violent, de par les protections. Mais il y a moins de contacts, et les protections permettent d’étaler, de diffuser la surface d’impact pour que l’ensemble du corps puisse l’absorber. Si on parle de répétition du nombre d’impacts, évidemment que le rugby est plus violent, et en plus de ça, il n’y a pas de protection.
Sydney Edouard et Rémi Kasprzak mettent en jeu un autre paramètre : l’imprévisibilité du contact. Au football américain, quand tu as le ballon, tu deviens la cible de toute une équipe, alors qu’au rugby, c’est souvent du un-contre-un, éclaire le premier. Au rugby, tu vois l’adversaire arriver.
Risque de Blessures : Statistiques et Évolutions
En vingt ans, le temps de jeu effectif des rugbymen a doublé, passant de 20 à 40 minutes sur un match qui en compte 80. Et les corps se sont transformés : le poids moyen des joueurs a augmenté de 10 % dans le même laps de temps. Le nombre de blessures avec.
Une étude menée par l’observatoire médical FFR-LNR sur trois saisons de Top 14 (de 2012 à 2015) avait mis en exergue une hausse des blessures musculaires (18 %), au genou (39 %), au coude (133 %) ou à la main (250 %).
Si on parle de blessures articulaires, c’est kif-kif bourricot, on retrouve les mêmes dans les deux sports (acromio-claviculaire, genoux, poignets…), indique Philippe Gardent. Au football américain, les règles ont dû évoluer pour protéger les joueurs. Les protections étaient devenues des « armes », on s’en servait comme point d’attaque. On attaquait avec les caques sur le genou par exemple. Depuis, les coups de casques ont été interdits.
Sur la saison régulière 2018-2019, 135 commotions ont été constatées en NFL sur 256 matches, 69 sur 187 matches de Top 14. C’est 29 % de moins que lors de la saison 2017-2018 pour le foot US (190) et 24 % pour le rugby (91).
La NFL a pris des décisions drastiques parce qu’elle a été attaquée par les anciens joueurs qui ont connu des problèmes de santé(une maladie dégénérative appelée l’encéphalopathie traumatique chronique, NDLR), analyse le préparateur physique du Stade Rochelais. Le rugby est encore tout jeune dans son professionnalisme alors que le foot US est professionnel depuis 54 ans.
En football américain, les commotions cérébrales ont diminué mais restent fréquentes. Les Américains ont cette culture de « tu te prends une commotion, c’est pas grave, tu te relèves.
Rémi Kasprzak relativise : En tout cas, je ne me suis jamais senti en danger dans l’un ou l’autre des deux sports.
Selon une enquête nationale sur les pratiques physiques et sportives publiée en 2020 par l'INJEP (Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire), le rugby est le sport qui génère, en France, le plus de fractures, d'entorses, de claquages, de tendinites et de malaises chez les pratiquants de plus de 15 ans. 16 % des pratiquants se sont blessés en pratiquant le rugby lors de l'année écoulée.
| Sport | Pourcentage de blessures |
|---|---|
| Rugby | 16% |
| Trail | 15% |
| Handball | 15% |
| Football | 12% |
| Basket | 8% |
Les traumatismes crâniens sévères peuvent être fatals. Mais les commotions cérébrales - une perturbation du fonctionnement du cerveau, consécutive à un choc crânien - sont tout aussi préoccupantes. Elles représentent entre 5 et 9 % de tous les traumatismes liés au sport.
Même des impacts crâniens jugés mineurs, lorsqu’ils se répètent à l’entraînement ou en compétition, peuvent augmenter significativement le risque de développer ces pathologies graves. Des études épidémiologiques établissent des liens préoccupants entre les commotions cérébrales répétées et certaines maladies neurodégénératives comme la sclérose latérale amyotrophique (SLA) ou la maladie d’Alzheimer.

Prévention : Une Priorité Absolue
Face à ces constats, les académiciens rappellent que la prévention devient cruciale. Plusieurs approches complémentaires sont nécessaires. A commencer par l’amélioration des casques et autres protections adaptés qui, s’ils sont efficaces et obligatoires dans des disciplines comme le hockey sur glace, sont beaucoup plus discutés en boxe ou au rugby.
L’adaptation des règlements pour limiter les situations à risque semble aussi nécessaire. « En boxe, l’arrêt du combat doit être envisagé au bon moment par l’arbitre ou l’entraineur (’ jet de l’éponge’), d’où l’importance de leur formation par des médecins experts », commentent-ils. « De nombreuses discussions se déroulent aussi autour du ‘jeu de tête’ qui expose aux impacts sous-commotionnels répétés. »
Dans le sport amateur ou de loisir, les entraîneurs et autres encadrants sont souvent les premiers témoins d’un accident. Il est donc impératif de former aussi les encadrants non-médicaux.
La frontière est mince entre rugby et football américain. Si quelqu’un arrive en se disant « je suis super fort au foot US, je vais tout casser au rugby », ça va être difficile pour lui, et inversement.