Linx, une petite bourgade allemande à proximité de Strasbourg, pourrait facilement passer inaperçue. Pourtant, ce village apparemment ordinaire recèle une histoire unique, intimement liée à son club de football, le SV Linx, et à l'entreprise qui façonne son identité : Weberhaus.
Au mieux, on y passe sans s’arrêter. Au pire, on ne la remarque même pas. Linx est une petite bourgade allemande située à un gros quart d’heure de voiture de Strasbourg. Elle se résume à un amas de logements et de commerces construits de part et d’autre de la Tullastraße, une route départementale. C’est un village fantôme, d’autant plus un lundi soir d’avril, où le vent fait grincer les balançoires.
Ce qui frappe là-bas, ce sont les logements : que des maisons avec jardin, spacieuses, majoritairement en bois et à colombage. Un village de Sims grandeur nature, qui trouve son explication en un mot : Weberhaus. « Les maisons de Weber », en VF, référence au patriarche du village, Hans Weber, un self-made-man qui y a grandi.
Le siège social de Weberhaus, immense, se trouve à l’entrée de Linx, et compte plus de salariés (1 200) qu’il n’y a d’habitants dans le village (1 000). Par conséquent, Weber et son entreprise règnent en maîtres à Linx.
Hans Weber et le SV Linx : Une histoire de famille
Il y a cinquante ans, l’homme d’affaires a pris la tête du SV Linx, le club de foot du village, qui navigue historiquement entre l’Oberliga (D5) et la Verbandsliga (D6). Il reste président d’honneur, à 87 ans. Son équipe joue au Hans Weber Stadion, elle est sponsorisée par Weberhaus. Pour beaucoup, ce n’est pas une découverte, puisqu’ils y sont employés. C’est le cas de Marc Rubio, 36 ans.
Comme tous les lundis, l’attaquant se rend à l’entraînement prévu au stade, situé à l’est de la bourgade, aux confins d’une forêt et de grandes étendues d’herbe. L’attaquant salue tout le monde d’une poignée de main et d’un « servus » (« salut », de l’autre côté du Rhin), se change dans l’un des vastes vestiaires du site, passe devant le club-house - qu’on prononce ici « klub-housse » -, puis s’entraîne sur l’un des trois terrains du complexe.
Pour un club de sixième division (l’équivalent de la R1 en France), les infrastructures sont spacieuses, mais vétustes. Autour, il n’y a ni tribune ni siège, seulement une main courante. Dans le temps, jusqu’à 2 000 spectateurs s’y amassaient, lors des samedis de derbys.
Il se murmure que le match débutait à 15 h et finissait à 2 h du matin. Aujourd’hui, le public est deux fois moins nombreux, la troisième mi-temps s’achève à l’heure de Cendrillon, au plus tard, mais l’esprit demeure. Le samedi, on imagine aisément les Linxois multiplier les allers-retours entre le « klub-housse » et le terrain, bière à la main et currywurst en bouche.
Le Hans Weber Stadion, comme nombre de ses congénères, demeure un lieu de fête et de vie, amphithéâtre du football amateur.
Il arrive à 20 ans, meurtri par un passage compliqué à Vauban, club amateur de Strasbourg, qu’il avait rejoint après ne pas avoir été conservé au centre de formation du Racing.
« Il pensait à arrêter le foot », pose Marc Rubio, qui jouait avec lui à Vauban. « Quand il signe à Linx, le football professionnel est à des années-lumière dans sa tête, confirme son ami Pierre Venturini, qui a fait ses classes avec lui au Racing, où il n’a pas été retenu non plus. Le mood était de reprendre du plaisir, en jouant avec des potes. »
C’est grâce à Pierre Venturini que Clauss rejoint le SV Linx. Son père Jean-Marc est ami avec Coco Ehle, alors directeur sportif du club allemand. Désormais retraité, cet homme de 70 ans traîne toujours au club, après en avoir été le n°10, l’entraîneur et, donc, le directeur sportif.
Sa casquette noire cache ses longs cheveux blancs, couleur de sa doudoune à manches courtes, et c’est avec bonhomie qu’il raconte l’arrivée de Clauss, dix ans plus tôt : « Un jour, Jean-Marc me dit d’aller voir s’entraîner son fils, Pierre, et un de ses potes, Jo. J’y suis allé. Le soir même, je les ai fait signer.
L’effet du bouche-à-oreille devient boule de neige puisque, dans la foulée, Clauss invite Marc Rubio à traverser la frontière avec lui. C’était il y a près de douze ans et « Marco », comme on l’appelle ici, n’est jamais parti. Il symbolise la tradition française du SV Linx.
Elle remonte aux années 1980, avec les venues de Michel Sénéchal, Didier Monczuk ou Jean-Marc Knapp en préretraite, puis celle des nombreux joueurs non conservés par le centre de formation du Racing. Dans les deux cas, la philosophie linxoise est la même : « Élever le niveau technique de l’équipe, en amenant un peu de folie technique à la discipline allemande », explique Marc Rubio.
La réputation du club dépasse même les contrées alsaciennes : Louis Pahama, un autre coéquipier de l’époque Clauss, a rejoint Linx en provenance de Villemomble (Seine-Saint-Denis), « parce qu’un agent m’en avait parlé », dit-il.
Trois éléments attirent les joueurs français : Linx possède un public fidèle, apporte de la visibilité et dispose de moyens, la prime de match se situant entre 200 et 250 €.
Malgré un potentiel indéniable, Jonathan Clauss ne connaît pas des débuts idylliques.
A la découverte des maisons "mexicaines" de la vallée de l'Ubaye (04)
La hiérarchie du football allemand
Pour mieux comprendre le contexte dans lequel évolue le SV Linx, voici un aperçu de la hiérarchie du football allemand :
- Bundesliga (D1)
- 2. Bundesliga (D2)
- 3. Liga (D3)
- Regionalliga (D4) - Divisée en 5 régions
- Oberliga (D5)
- Verbandsliga (D6)
Le SV Linx oscille donc entre la cinquième et la sixième division allemande, un niveau amateur où la passion du jeu et l'attachement à la communauté locale sont les principales motivations.
Le SV Linx, bien plus qu'un simple club de football, est un symbole de l'identité de Linx, un village façonné par l'empreinte de Weberhaus et de son fondateur, Hans Weber. L'histoire du club est intimement liée à celle de l'entreprise, créant un lien unique entre le sport, l'économie locale et la communauté.
