L'épopée Européenne de 1996 : PSG en Coupe des Coupes et le FC Nantes en Ligue des Champions

En 1996, le football français a vibré au rythme des compétitions européennes, avec le Paris Saint-Germain (PSG) en Coupe des Coupes et le FC Nantes en Ligue des Champions.

Le Sacre du PSG en Coupe des Coupes

Après la victoire de l'Olympique de Marseille en Coupe des clubs champions en 1993, c'est au tour du PSG de soulever un trophée européen trois ans plus tard : la Coupe des vainqueurs de coupe. Depuis 1993, la France n’est plus un pays sans Coupe d’Europe à son palmarès. L’OM a remporté la Coupe des clubs champions et sera à jamais le premier à l’avoir fait.

En 1996, retour en Coupe des vainqueurs de coupe pour les Parisiens. Si le Rapid a déjà joué et perdu une finale de Coupe des coupes, en 1985 contre Everton à Rotterdam (1-3), Paris, entraîné par Luis Fernandez depuis deux ans, est clairement le favori. Mais face à un adversaire très physique, il n’est pas à la fête et perd son meneur de jeu brésilien, Raï, taclé par Schöttel et obligé de sortir dès la 11e minute…

Paris domine néanmoins : Djorkaeff trouve la barre transversale à la 18e minute et, dix minutes plus tard, victime d’une nouvelle faute viennoise, il obtient un coup franc bien placé. Il décale alors le ballon vers Bruno Ngotty qui frappe sèchement du droit. Le ballon légèrement dévié par Schöttel file le long du poteau du gardien Konsel : 1-0 !

Au stade Roi-Baudoin, la coupe est remise à Bernard Lama, le capitaine parisien, immédiatement porté en triomphe par Luis Fernandez. Luis Fernandez exulte au coup de sifflet final, Paris a battu le Rapid de Vienne et remporte la Coupe des coupes 1996.

« On n’a pas été impérial, c’était tendu, c’était une finale », résume le président Michel Denisot qui est tombé dans les bras de Fernandez avec lequel il a eu des rapports tendus durant la saison. Dernièrement, quelques jours avant la finale : Denisot sentant que le groupe se désunissait avait appelé Yannick Noah à la rescousse pour « booster » les joueurs. Ce que Luis Fernandez avait pris pour un affront.

« Après une telle victoire, on oublie tout, clame Denisot. Quand on gagne, tout le monde est heureux. À Paris, c’est l’explosion de joie, des Champs-Élysées au boulevard Saint-Germain, des dizaines de milliers de personnes descendent dans la rue… Le lendemain, les joueurs seront reçus à l’Élysée par le président Jacques Chirac avant de tenter de célébrer leur victoire au Parc des princes.

Avec ce trophée en poche, le PSG pourra défendre son titre la saison suivante, allant à nouveau jusqu’en finale, mais il devra alors s’incliner à Rotterdam, face au FC Barcelone (1-0). Michel Denisot et le PSG ramènent la Coupe des coupes pour la première fois à Paris.

Le 11 parisien à Bruxelles : Guérin, Le Guen, Ngotty, Rai, Lama, Roche ; Fournier, Loko, Djorkaeff, Bravo et Colleter.

Composition des équipes :

PARIS SG RAPID VIENNE
1. Lama (cap) 1 Konsel (cap)
3. Colleter 2. Hatz
4. N’Gotty 3. Ivanov
5. Roche 5. Schöttel
9. Fournier (Llacer 77e) 7. Guggi
2. Le Guen 8. Kühbauer
7. Bravo 4. Heraf
8. Guérin 6. Stöger
10. Raï (Delly Valdès 12e) 10. Marasek
6. Djorkaeff 11. Jancker
11. Loko 9. Stumpf

Le 11 parisien à Bruxelles

Le FC Nantes aux Portes de la Finale de la Ligue des Champions

Le parcours du FC Nantes en Ligue des Champions 1995-1996 a été marqué par des moments de gloire et de désillusion.

BA TF1: Juventus de Turin vs FC Nantes ½ Finale C1 UEFA Champions League 1995/1996 FCNA CL Football

Le club, bien que talentueux, a buté sur une Juventus Turin expérimentée et déterminée.

Japhet N'Doram reçoit au Lieu Unique, ce qui a l'avantage de réunir deux monuments nantais en un même lieu. Il anime plusieurs fois par semaine des entraînements avec différents publics, dont des migrants qui lui glissent, parfois : « Je ne savais pas que tu étais un si bon joueur que ça. » Le but qu'ils retrouvent en premier sur Internet n'est ni le plus beau ni le plus important de sa carrière. Mais il a été inscrit contre la Juventus Turin le 17 avril 1996, en demi-finales retour de la Ligue des champions, plus haut sommet de l'histoire européenne du FCN, symbole absolu du compagnonnage tourmenté entre le club canari et les compétitions continentales. Un extérieur du pied porté par la rage et le dépit, à la 69e minute, pour revenir à 2-2. Alors qu'il était déjà trop tard. « On voulait leur montrer qu'ils se qualifiaient, OK, mais contre une bonne équipe. Mais ça s'était joué à l'aller (0-2) », se souvient l'inspirateur de ce Nantes-là.

La première manche, il l'avait suivie des tribunes, aux côtés de Claude Makelele, également blessé, et Reynald Pedros, suspendu. Le FCN avait laissé filer à l'intersaison Patrice Loko (Paris-SG) et Christian Karembeu (Sampdoria Gênes). « On avait grandi ensemble, et alors qu'on arrivait à toucher quelque chose qu'on n'aurait jamais imaginé toucher, le club n'a pas été capable de les retenir. Ça a été une déchirure », rappelle Eddy Capron.

Avec les trois absents de l'aller, cela fait cinq éléments de base du titre de champion acquis en 1995 qui ne sont pas là au coup d'envoi. « Il nous manquait de la profondeur, on n'allait pas tout à fait au bout de nos actions », observe N'Doram.

Nantes n'est pas complètement lui-même. « C'est notre capacité athlétique qui prenait le dessus. Notre capacité à courir, tous ensemble, explique le Tchadien. On se projetait vite, avec des courses de 40-50 mètres à fond. Et avec le ballon, pas question de ressortir derrière, il fallait tout de suite aller de l'avant. Karembeu et Loko en moins, c'est une somme athlétique énorme. Alors avec les absences de Pedros et Makelele en plus... »

Pour résister à la puissante Juve, il faudrait que tous les éléments s'accordent. « Mais on est arrivés avec le minimum d'arguments là-bas, se souvient Serge Le Dizet. Avant le match, tu sais que le handicap est important, que tu joues dans la même cour que la Juventus mais pas dans la même catégorie. On n'était plus dans la phase euphorique de la saison précédente. En 1994-1995, on gagnait les matches avant de les jouer. Là, on n'avait plus cette confiance, cette foi qui nous caractérisait, et on n'inspirait plus cette peur chez l'adversaire. »

Le parcours en Championnat est irrégulier, miné par les soucis physiques de plusieurs cadres (Ferri, Ouédec). Nantes a fini deuxième de son groupe de C1 derrière le Panathinaïkos et devant Porto, le quart de finale contre le Spartak Moscou (2-0, 2-2) a été tendu. Au retour, pour s'être vengé d'un coup de pied sur son adversaire, Pedros a écopé de quatre matches de suspension, confirmés quelques heures avant cette demi-finale. « L'anomalie, c'est qu'on soit dans le dernier carré », rappelle Le Dizet. « En face, ce sont les meilleurs du monde, ajoute Capron. Dès la veille du match, le stade, même vide, est impressionnant. Tu te dis : "Qu'est-ce que je fous là ?" »

En réalité, lui sait très bien ce qu'il fait à Turin. « Un mois après la reprise, je m'étais fait opérer. En plein match à la Beaujoire (contre Nice, 1-0 le 19 août), j'entends un craquement en haut et en bas du dos. Je ne peux plus bouger et, pendant quelques secondes, j'ai très peur. J'avais suivi le début de la Ligue des champions depuis mon lit d'hôpital (hernie discale), je me disais que je ne la jouerais jamais, cette Ligue des champions. J'ai sorti les rames, j'ai galéré pour pouvoir toucher à la récompense. » « On a fait notre rééducation ensemble, à Saint-Jean-de-Monts (Vendée) puis à la Jonelière (le centre d'entraînement du FCNA), se souvient Jocelyn Gourvennec, genou brisé deux semaines plus tôt par un tacle d'Oumar Dieng (Paris-SG). Suivre le parcours de l'équipe a été une vraie motivation pour revenir. Là, j'étais dans la zone de (Angelo) Di Livio, ça se frottait, on s'insultait par mal, c'était la guerre. Mais c'était top. »

« L'équipe est construite dans l'idée de procéder en contre, car on est ultra - performants en attaques rapides, détaille Franck Renou, sur le banc à l'aller comme au retour. Et puis Éric Decroix se fait casser le nez, Bruno Carotti vient chatouiller (Michele) Padovano et prend le rouge. Alors qu'on sent qu'on n'a pas été débordés jusque-là, on perd le fil du match. Le sentiment d'injustice prend le dessus. »

« L'exclusion nous fragilise, convient Gourvennec. Ce n'est même pas un tacle, ce n'est pas violent mais il y a beaucoup de cinéma de Padovano. On a le sentiment de ne pas être arbitrés normalement, de s'être fait carotter. [...] À la mi-temps, le coach me fait sortir pour faire entrer un défenseur (Jean-Marc Chanelet). Je suis très déçu, je reste un peu au vestiaire avec le doc... Je n'ai pas vu le premier but. »

Une déviation de Gianluca Vialli sur corner, après une tête de Pietro Vierchowod, assomme pour de bon les champions de France en titre. C'est le premier but européen de l'avant-centre piémontais cette saison-là. Il surgit comme une double peine : en fin de première période, Padovano a cassé le nez de Decroix d'un coup de coude. Les images ne le montrent pas. L'arbitre, évidemment, n'a rien vu.

« Au niveau du vice, il y avait un monde entre eux et nous », sourit Capron. À cet instant, tout remonte à la surface. Le pied très haut de Vierchowod sur la tête de Nicolas Ouédec non sanctionné, l'obstruction de Gianluca Pessotto sur l'avant-centre canari dans la surface. M. Gallagher laisse aussi passer cette glissade de Capron, qui crochète involontairement Alessandro Del Piero à l'entrée de la surface canari. Mais il distribue sept avertissements dans un camp, aucun dans l'autre, et fait basculer le match.

Nicolas Ouédec, lors d'un duel aérien avec Vladimir Jugovic (à gauche) et Ciro Ferrara, au cours du match aller.

Entre l'ouverture du score et l'estocade signée Vladimir Jugovic (66e) d'une frappe en lucarne, Del Piero glisse un centre entre le but et Dominique Casagrande, une autre tête turinoise atterrit sur le poteau. À la sortie, Nantes, battu 2-0, a au moins évité le désastre. Jean-Claude Suaudeau s'offre un échange tendu avec Marcello Lippi, éructe contre l'arbitre anglais dans le vestiaire. « Il hurlait : "Ce n'est pas possible, il nous fait payer la vache folle !", se souvient Le Dizet. On avait vu toute la différence entre les deux clubs, le poids de la Juve au niveau européen. »

Au retour pourtant, la Beaujoire, alors si sage, gronde comme jamais. L'ouverture du score de Gianluca Vialli dès la 17e rend l'espoir de qualification quasi vain. Mais Capron égalise de la tête juste avant la pause (43e), même si les archives de l'UEFA retiennent le nom de Decroix (le ballon avait bien franchi la ligne avant la reprise de l'autre défenseur central). Sur un centre de Gourvennec. « Nico (Ouédec) se blesse, j'entre sans m'échauffer. Très vite, il y a un corner, raconte ce dernier. Je le frappe, Eddy reprend. Je me dis : "C'est top !" Pour nous deux, c'est un moment très intense. »

« Tu te dis : "Ouah quand même, c'est beau !" Et puis, même si ça n'a duré qu'un laps de temps, on y a cru », confirme Capron.

43e minute : le Nantais Eddy Capron égalise de la tête lors de la demi-finale retour (3-2) à la Beaujoire.

À la pause, Del Piero et Fabrizio Ravanelli sortent. Vialli les rejoint sur le banc à la 78e, indices d'une équipe qui s'inquiète modérément de la révolte nantaise : Paulo Sousa a remis la Juve en tête à la 50e, et la réponse de N'Doram (69e) intervient trop tard. « En stage de pré-saison, je m'étais dit : "Voilà, c'est le foot que j'ai toujours rêvé de jouer." C'était grandiose, un jeu ultra-dynamique, ultra-explosif. Ça allait vite de partout, dans les têtes, surtout, résume Gourvennec. Ça jouait vite et juste. Mais même quand tu secouais la Juve, elle tenait la route, elle avait cette marge. Et au retour, Didier (Deschamps, suspendu à l'aller) tirait les ficelles au milieu. C'était très fort. On voit le maestro. »

Dans les ultimes minutes, le FCN combat pour son honneur, avec la rage de ceux qui ont le sentiment de ne pas avoir lutté à armes égales. « On était encore dans l'insouciance collective, le plaisir de jouer, tout simplement, rappelle le dernier buteur de cette demi-finale, Franck Renou. Tous ces joueurs du cru qui étaient encore là en 1996, le club envisageait de les prêter quatre ans plus tôt (*), alors on ne se mettait pas la pression. J'entre en demi-finales de Ligue des champions sans en avoir vraiment conscience. Et quand je marque (83e), je ne fais pas de célébration. Je cours vers le rond central pour reprendre le jeu. Il y a 3-2, il faut encore en mettre deux pour se qualifier, c'est à ça que je pense. » Pas à ses illusions perdues, après le match aller.

À Turin, il a été désigné avec Laurent Peyrelade pour le contrôle antidopage. « Et j'ai assisté à des choses... J'avais interdiction de sortir du local avant d'avoir satisfait au contrôle alors que les joueurs de la Juve, eux, allaient et venaient, faisaient comme ils voulaient, leur médecin se promenait... J'ai bien pris conscience, ce soir-là, de certaines réalités. » « Aujourd'hui, il y a de la frustration, on refait le match, on se dit et si, et si, et si, relativise Capron. Mais on n'était que le petit FCN qui sortait de nulle part. »

Depuis 1996, la Juventus Turin n'a plus gagné la Ligue des champions. Nantes, lui, n'y est revenu qu'une fois.

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